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Les réactions fusent après le dépôt du PL-157
Auteur: Roxanne Ocampo, La Presse canadienne 16/11/2017 - 18:57:00

MONTRÉAL — Le gouvernement québécois a déposé jeudi le projet de loi visant à encadrer la légalisation du cannabis, qui doit entrer en vigueur partout au pays le 1er juillet prochain. 

La ministre responsable du dossier, Lucie Charlebois, a ainsi confirmé que sa vente reviendra exclusivement à la future Société québécoise du cannabis (SQC), mais plusieurs questions demeurent et le temps file. 

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Concurrencer le marché noir 

Le porte-parole péquiste en matière de finances, Nicolas Marceau, a demandé au gouvernement de faire part de ses intentions quant à la fixation du prix du cannabis. 

Alors que le gouvernement fédéral a déjà annoncé l’imposition d’une taxe d’accise de 10 pour cent, M. Marceau dit craindre que les taxes de vente empêchent la SQC de faire concurrence au crime organisé.

«Ce matin, les Hells Angels ne sont pas très inquiets devant un gouvernement aussi impréparé, pas capable de nous donner des chiffres sur des choses élémentaires», a-t-il avancé.

Un échéancier controversé

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a pour sa part demandé la tenue de consultations générales sur la mesure.

«C’est le gouvernement fédéral qui nous a plongés dans un calendrier et dans un débat que les Québécois n’avaient pas souhaité, a-t-il lancé en Chambre. Il faut une consultation générale pour que la société sente qu’elle a eu vraiment son mot à dire.»

Il a reproché au gouvernement de Philippe Couillard de courber l’échine devant la volonté d’Ottawa.

«Justin Trudeau a mis l’Assemblée nationale et la société québécoise dans une camisole de force en disant:  »That’s it, that’s all. Le 1er juillet, il faut que ça arrive! »», s’est-il insurgé.

Mercredi, la ministre Charlebois et le ministre Carlos Leitao étaient revenus à la charge pour demander au gouvernement fédéral de retarder d’un an l’entrée en vigueur de la loi régissant le cannabis.

Québec solidaire s’oppose pour sa part à tout report.

«Il faut de manière diligente adopter le projet de loi. On a eu assez de temps pour réfléchir, consulter», a déclaré le député Amir Khadir en point de presse jeudi.

L’élu de Mercier juge que remettre la légalisation à plus tard ne ferait que «pelleter en avant ce qu’on va pouvoir corriger au fur et à mesure».

Propositions d’amendements à l’horizon

Le député caquiste Simon Jolin-Barrette a indiqué que sa formation compte proposer des amendements visant à élever l’âge légal pour l’achat de cannabis à 21 ans et abaisser le nombre de grammes qu’il serait possible d’avoir en sa possession.

Il a expliqué que la Coalition avenir Québec se fonde sur les mises en garde de médecins quant aux potentiels dommages sur les cerveaux des jeunes.

M. Jolin-Barrette a dépeint le projet de loi déposé le matin même comme «permissif et timide».

L’encadrement de la consommation de cannabis en public devrait calquer la réglementation relative à l’alcool et non au tabac, a-t-il soulevé en s’opposant à ce que l’on puisse fumer dans les parcs.

Il a également réitéré la position de la CAQ quant à l’interdiction de la vente en ligne.

«On ne doit pas banaliser le cannabis, on ne doit pas en faciliter la distribution», a-t-il martelé.

Le centre de réadaptation en toxicomanie Portage décrie «l’absence de modalités» sur l’approvisionnement en ligne, qui risque de s’avérer particulièrement populaire auprès de jeunes.

L’organisme revendique par ailleurs un certain contrôle du niveau de THC pour les consommateurs âgés de 25 ans et moins, plus vulnérables au développement de maladies mentales.

Un mandat ambitieux pour la SAQ

Le président et chef de la direction de la SAQ, Alain Brunet, avance que la création de la SQC se fera «en ligne avec l’expertise et les forces» de la société d’État.

«Le savoir-faire de la SAQ au niveau de la vente responsable est démontré et est un acquis important», a-t-il souligné.

«Il y a beaucoup d’investissements à faire, de structures à mettre en place», a-t-il reconnu, en se disant néanmoins confiant de pouvoir respecter le délai imparti de huit mois.

Aux acteurs du secteur privé qui manifestaient mercredi leur déception, M. Brunet rétorque qu’il est question d’une ambition «plus large» et «sociale».

«La perspective que le gouvernement propose, c’est d’abord et avant tout d’affirmer que ce type de commerce n’est pas comme les autres. On ne parle pas de promotion, on ne parle pas de mettre en place un réseau au même sens qu’on le comprend dans le commerce de détail en général, a-t-il exposé. On parle ici d’une responsabilité sociale, d’une sécurité à mettre en place quant à la distribution d’un produit qui est tout à fait illégal jusqu’à maintenant et qu’on doit amener vers la légalité.»

Le porte-parole péquiste en matière de santé publique, Sylvain Pagé, s’inquiète du fait que la SQC relèvera du ministre des Finances, dont «on connaît la tendance à tout faire pour aller chercher des fonds supplémentaires».

Il réclame la garantie — enchâssée dans la loi — que l’entièreté des profits reviendra aux municipalités, aux efforts de sensibilisation et de prévention, de même qu’aux autorités en matière de santé publique.

Les municipalités apaisées

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) dit pousser un soupir de soulagement grâce à la mise en place d’un monopole gouvernemental.

Le président de la FQM, Richard Lehoux, estime que cette disposition «permettra d’éviter un cauchemar» et de commercialiser la substance à moindre coût pour les municipalités.

Certaines inquiétudes demeurent, a-t-il toutefois soulevé. La FQM réclame que les autorités municipales touchent une bonne part des revenus du cannabis puisque sa légalisation alourdira selon elle leurs tâches en matière de sécurité et d’encadrement.

Et la consommation en milieu de travail?

La Fédération des Chambres de commerce du Québec (FCCQ) reproche au gouvernement d’avoir complètement évacué la question de la santé et de la sécurité sur les lieux de travail. Elle lui demande de «relativiser la responsabilité de l’employeur» face à des incidents entraînés par une consommation inadéquate du cannabis.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) reproche elle aussi au projet de loi de rester muet à propos des risques d’une «recrudescence» de la consommation de cannabis en milieu de travail.

La FCEI prônait par ailleurs la mise en place d’un système de distribution privé, plutôt que la création d’une filiale de la SAQ — un modus operandi qu’elle dépeint comme potentiellement «coûteux et limitatif».

Elle applaudit cependant les dispositions qui convergent avec l’encadrement du tabac, notamment par rapport à sa consommation dans les lieux publics.

Une lutte conjointe contre le tabagisme

Le Conseil québécois sur le tabac et la santé se réjouit également de ces dispositions similaires à celles concernant le tabagisme.

Il soutient qu’il aurait cependant été préférable d’établir l’âge légal pour se procurer du cannabis à 21 ans, plutôt qu’à 18 ans — et de faire de même pour le tabac.

«Cela aurait donné un message plus clair à la population sur les dangers pour la santé que représente la consommation de cannabis», peut-on lire dans son communiqué.

Le CQTS met le gouvernement en garde contre la banalisation de la substance et l’invite à se servir des leçons apprises dans la lutte contre le tabagisme.

Les chimistes veulent jouer leur rôle

Sans l’implication de chimistes, l’encadrement adéquat de la production, de la transformation et de la consommation de cannabis sera impossible, a signalé par communiqué le président de l’Ordre des chimistes du Québec, Martial Boivin.

Il souligne que seuls des professionnels peuvent établir le taux de THC ou encore la validité des tests administrés aux consommateurs, alors que la ministre Charlebois compte appliquer la tolérance zéro pour le pot au volant.

L’Association des directeurs de police du Québec a décliné la demande d’entrevue de La Presse canadienne.

Elle avait toutefois signalé la semaine dernière, par voie de communiqué, que les policiers et policières ne sont ni prêts ni adéquatement équipés pour remplir leur rôle. La formation et l’équipement nécessaires à la détection de conducteurs intoxiqués représenteront un défi de taille, avait soulevé l’ADPQ, pour qui la légalisation du cannabis va de pair avec une charge de travail et une pression budgétaire additionnelles.

Les propriétaires soulagés

La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) se dit satisfaite de la décision d’interdire la culture du cannabis à domicile, mais réclame des amendes plus dissuasives en ce sens.

La CORPIQ proteste toutefois contre le maintien du droit de produire pour une consommation personnelle à des fins médicales.

L’Association des propriétaires du Québec (APQ) a rappelé qu’une telle culture peut être la source d’une humidité extrême, en plus de présenter un risque d’incendie.

L’APQ applaudit ce «pas dans la bonne direction» quant à la culture de cannabis dans les logements, mais soulève maintenant l’enjeu de sa consommation.

Elle dit espérer que la Régie du logement traitera plus rapidement les causes où des locataires fument du cannabis à l’intérieur malgré son interdiction. 

Article original sur journalmetro.com:Les réactions fusent après le dépôt du PL-157



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