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L'histoire avec un hasch - Les fleurs du mal : une autre histoire du cannabis
Auteur: Articles 17/07/2017 - 13:27:00

Rares sont les fleurs sujettes à controverses. Peu de personnes critiquent durement les tulipes, les pétunias ou les orchidées. Depuis toujours en revanche, la fleur de cannabis inquiète autant qu’elle séduit, tout en jouant un rôle important dans l’industrie, la médecine, ou encore la culture populaire. 

Surtout, c’est un produit agricole, et non des moindres, car avec la pomme de terre et la tomate c’est l’une des plantes les plus répandues dans le monde. A ce titre, on ne peut qu’abonder dans le sens de Jose Mujica (président de l’Uruguay), quand il déclare qu’elle mérite « d’être mieux connue, et traitée avec plus de respect. » 

L’Himalaya, le point de départ de notre histoire…

L’histoire du cannabis commence en des temps immémoriaux sur les pentes de l’Himalaya, sa terre d’origine. Les chinois le cultivaient certainement depuis le Néolithique mais ce sont les Grecs de l’Antiquité qui l’introduiront en Europe, puis au reste du monde, après l’avoir rapporté de leurs expéditions. Les propriétés de la plante se font vite apprécier : les fibres contenues dans ses feuilles et ses tiges sont extrêmement solides, et permettent de produire facilement des cordages ou des tissus de bonne qualité.

Le cannabis est aussi une plante robuste, qui pousse dans tous les sols et sous tous les climats, ne craignant presque aucune maladie ; de plus, son pollinisateur est très bien réparti sur le globe puisqu’il s’agit… du vent. En effet la fleur de cannabis, verte et inodore, intéresse peu les insectes, mais les pollens qu’elle produit sont si légers qu’ils se déplacent au moindre souffle. Bien entendu, les propriétés médicinales et psychotropes du cannabis ne tarderont pas à être découvertes et commentées…

Les plus anciens traités médicaux, dont le Papyrus Ebers (qui date de l’Égypte pharaonique), préconisaient déjà son utilisation comme anti-douleur, par exemple pendant les accouchements. Il n’est donc pas exclu que Ramsès et Toutankhamon soient nés de mères embrumées.

Le Shennong Bencao Jing, qui est le plus ancien traité pharmacologique de Chine, mentionnait déjà le cannabis.

Les champs de cannabis, donc, envahissent rapidement la planète. La France n’est pas épargnée ! Apportée par les romains, puis encouragée par Charlemagne, la culture du cannabis était à l’époque un enjeu stratégique pour l’économie d’un pays. Mais en Occident, sa consommation dite « récréative » est probablement l’apanage de quelques élites seulement : la pipe n’existe que dans les pays arabes et le tabac, comme la cigarette, seront introduits bien plus tard lors des Grandes Découvertes. De plus, les variétés cultivées à l’époque n’avaient pas forcément des effets psychoactifs très prononcés.

Néanmoins dès le XVIIIe siècle, quand Diderot et d’Alembert écrivent leur fameuse Encyclopédie, ils semblent bien informés sur la « sorte d’ivresse » que procure la plante. A la même époque, George Washington, le premier président des Etats-Unis, cultive du cannabis à titre personnel pour se procurer, lui aussi, cette sorte d’ivresse... Au XIXe, le cannabis est vendu comme médicament dans les pharmacies : la reine Victoria s’en voit prescrire comme remède à ses douleurs menstruelles.

Pendant ce temps, en France, Théophile Gauthier fonde à Paris le Club des Haschichins, dont l’unique objet est d’organiser dans un hôtel particulier de l’île Saint-Louis des soirées appelées Fantasias, où le gratin littéraire et artistique de la capitale vient consommer des quantités déraisonnables de haschich dans une ambiance feutrée. Alexandre Dumas, Flaubert et Delacroix chasseront les éléphants roses ensemble. Baudelaire consignera ses expériences et ses observations dans plusieurs écrits. Balzac aussi, les yeux rougis, entendra « des voix célestes » et verra « des peintures divines »

Théophile Gautier : le premier pothead de l’histoire de France ?

Depuis la Renaissance pourtant, le cannabis tombe en désuétude. Pour le textile, on lui préfère le lin (plus doux), ou encore la jute (plus robuste). De plus, le pape Innocent VIII, qui était très impliqué dans la lutte contre la sorcellerie (une tâche à ne pas négliger), déclara que le cannabis était utilisé pour les rites sataniques. Il oubliait certainement que sous son pontificat, Gutenberg imprima la première bible de l’histoire… sur papier-cannabis.

C’est au début du XXe siècle que la plante est vraiment maudite, et ce retournement de l’opinion publique va d’abord se produire aux Etats-Unis. Le prohibitionnisme y fut encouragé par les fondamentalistes chrétiens, ainsi que par le racisme ambiant (le cannabis était consommé presque exclusivement par les mexicains et afro-américains). Les lobbys industriels du papier, du textile et du pétrole ont certainement joué un rôle aussi, même si son ampleur est discutée.
Ce qui est certain, c’est que la société fut inondée de propagande accusant le cannabis d’être une émanation du diable poussant au meurtre, au viol et menant à la mort.

Des films comme Marihuana, Assassin of Youth ou encore Reefer Madness appuyaient ce message avec des histoires farfelues que plus personne ne prendrait au sérieux aujourd’hui. En 1937, le Marihuana Tax Act fait un premier pas vers l’interdiction de notre fleur tombée en disgrâce, et différents pays s’en inspireront. Les réglementations nationales seront uniformisées en 1961 par la Convention unique sur les stupéfiants, ratifiée par 183 pays membres de l’ONU.

L’affiche d’un documentaire informatif, impartial et mesuré (1942).

Mais le cannabis n’a pas dit son dernier mot… Alors qu’il avait pratiquement disparu de nos campagnes européennes après la deuxième guerre mondiale, les agriculteurs le ré-introduisent par petites touches depuis plusieurs années. Ils en tirent de l’huile (l’une des meilleurs d’un point de vue nutritionnel) ou des cosmétiques. Surtout, les copeaux de cannabis sont de plus en plus prisés par l’industrie du bâtiment en tant qu’isolant phonique et thermique, substitut non-toxique à la laine de verre et aux mousses de polyuréthane. Inutile par contre d’aller fumer les murs de votre maison : développée par l’INRA, la variété cultivée par les agriculteurs français est pratiquement dépourvue de THC, la molécule responsable des principaux effets psychotropes.

En parallèle, depuis les années 1960, le cannabis devient un phénomène social en Occident ainsi qu’un élément important de la contre-culture, ce qui pousse les scientifiques à mener plus de recherches sur la plante et son mode d’action. Une demi-douzaine de molécules sont identifiées, dont le fameux THC. Surtout, ses effets thérapeutiques sont mieux compris, et de nouveaux usages sont découverts : contre les troubles du sommeil et de l’appétit, les douleurs, la dépression, certains symptômes psychiatriques, les dépendances, l’épilepsie, les symptômes du vieillissement…

Depuis les années 1990, différents pays commencent à autoriser et encadrer son usage thérapeutique. En 1995 le journal médical de référence au niveau mondial, The Lancet, démystifie le cannabis pour de bon en affirmant que « son usage, même sur une longue période, n’est pas dangereux pour la santé ». Avant d’enfoncer le clou : « Il n’est pas un danger pour la société, mais persister à le diaboliser peut en être un. » Et l’opinion publique change à nouveau…

Une fumeuse de cannabis au Colorado, premier état des Etats-Unis à légaliser l’usage récréatif, en 2014 (Photo: AP Photo / Brennan Linsley / The Telegraph)

S’il n’est pas un danger pour la société, la légalisation du cannabis peut avoir sur l’agriculture des effets négatifs. En Amérique-du-Nord, où la prohibition se lève petit à petit, les politiques ont pris une tournure ultra-libérale. Au Canada par exemple, les particuliers ont acquis dès 1999 le droit de cultiver du cannabis pour un usage médical. Puis les industriels ont fait du lobbying intensif pour s’accaparer ce droit. Ils ont gagné : du jour au lendemain, 30 000 cultivateurs à domicile se sont retrouvés hors-la-loi, et depuis les fermes à cannabis du Canada sont les plus intensives du monde.

Si la France devait légaliser le cannabis, elle aurait besoin d’une autre politique. Le secteur du maraîchage est en crise : les producteurs ne parviennent plus à vendre à des prix rémunérateurs, la faute aux charges trop importantes, ainsi qu’à la redoutable concurrence des pays étrangers (l’Espagne notamment). En conséquence, les surface agricoles destinées aux fruits et légumes ne cessent de reculer, ce qui n’est pas une bonne chose quand on cherche à s’alimenter avec des produits sains et locaux…

Et si la France innovait en refusant les fermes de cannabis industrielles, mais en permettant aux petits producteurs d’en faire un complément de revenu ? Ces derniers pourraient certainement s’en servir pour compléter leurs productions, afin d’obtenir un modèle équilibré, bien encadré par l’Etat. Le débat ne fait que commencer…
Dix mille ans après leur découverte, les fleurs du mal continuent de cristalliser les opinions ; mais il n’est plus possible de nier qu’elles font, depuis le début, partie de l’aventure humaine.

Cet article a été écrit en collaboration avec Olivier Escuder, expert en botanique pour le Muséum National d’Histoire Naturelle.

Par Benjamin Stock,
27 juin 2015

source: magazine.laruchequiditoui.fr

Article original sur cannaweed.com:L’histoire avec un hasch - Les fleurs du mal : une autre histoire du cannabis


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