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Chanvre : projet REVIRIDE pourrait dépolluer le centre industriel de l’Italie
Auteur: Tasha Smith  10/09/2018 - 10:30:00

Reviride est un éco-projet lancé par l’entreprise italienne Hesalis. Elle utilise le chanvre industriel pour décontaminer les sols pollués et inspire les gens à vivre plus sainement. Leur but est de reverdir l’Italie et de freiner la progression des cas de cancer.

Sur les traces de la pionnière du chanvre industriel, l’entreprise néerlandaise HempFlax, une entreprise italienne fait de grands progrès en utilisant cette plante des plus polyvalentes pour revitaliser les sols, mais surtout, l’économie d’une région polluée et en difficulté. Malgré les obstacles – causés entre autre par la police et des moissonneuses brisées par des plantes trop robustes – le projet est un succès.

En 2013, Hesalis, une entreprise italienne basée à Terni, a lancé une initiative environnementale appelée Reviride. Le but de l’initiative était de retirer les métaux lourds et les toxines chimiques des sols contaminés de cette ville industrielle du centre de l’Italie à l’aide du chanvre industriel. Le projet s’est avéré si concluant que six autres municipalités italiennes veulent le répliquer.

« Au cours du siècle dernier, les industries métallurgiques et chimiques du centre de l’Italie ont déversé quantité de toxines dans les sols », explique Emilio Petrucci, PDG de Hesalis. « Les effets ont été désastreux autant pour les sols que pour les gens. Une personne sur trois a le cancer à Terni. »

Le but à court terme de Reviride – un mot latin qui signifie reverdir – est de mettre à profit les propriétés de phytoremédiation de la plante de cannabis afin d’assainir les sols pollués de Terni.

 La phytoremédiation est le procédé par lequel les plantes absorbent les toxines grâce à leurs racines et les convertissent en substances non toxiques. C’est grâce à la phytoremédiation que les sols contaminés de Tchernobyl, en Ukraine, ont été assainis après le désastre de 1986.

Le but à long terme de Reviride est de redonner la santé aux habitants de Terni en créant une industrie centrée sur le chanvre qui respecte l’environnement et est durable. En plus de planter deux hectares de chanvre industriel afin de retirer les toxines du sol, Hesalis a aussi donné des graines à 254 familles en 2017 et prévoit en donner à 2000 familles de plus en 2018 dans le but de promouvoir le programme de régénération urbaine basée sur le chanvre.

Une pareille revitalisation accomplie à l’aide du chanvre est aussi en cours à Oude Pekela, le village néerlandais où HempFlax a son siège. La Hemp Design Factory est le dernier bâtiment à venir s’ajouter au complexe d’HempFlax et sert de lieu de rencontre où notre entreprise sœur s’active à collaborer avec les entrepreneurs locaux, les étudiants de l’Université de Groningue des environs et la municipalité de Pekela dans son ensemble. Les deux projets visent à conjuguer le savoir-faire local et les technologies de pointe dans le domaine du chanvre afin d’améliorer le sort des terres et des habitants.

A quel point Terni est-elle polluée ?

L’histoire industrielle de Terni est unique et remonte au 19e siècle lorsque la ville a joué un rôle central dans la deuxième révolution industrielle. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, elle a été bombardée à plus de 100 reprises et 80 % de la ville a été réduite en ruines.

Après la guerre, elle a été reconstruite pour devenir un pôle industriel d’usines métallurgiques, chimiques et pétrolières fabriquant des armes, de la machinerie, des textiles, des produits électrochimiques et des plastiques. Elle a été surnommée la « Ville de l’acier » ou encore, le « Manchester italien ».

« Terni est située au centre de l’Italie, dans le creux d’une vallée entourée de montagnes, ce qui limite la circulation de l’air et concentre les toxines, nous explique Petrucci, un Colombien qui habite à Terni depuis 2005. Lorsque ma famille s’est installée ici, j’ai vite constaté à quel point les gens développaient des problèmes de santé comme la leucémie, l’asthme et le lupus. »

Le problème de la pollution industrielle en Italie ne se limite pas à Terni : bon nombre de villes et régions italiennes ont reçu la désignation de Sites contaminés de priorité nationale (NPCS). Le SENTIERE Project effectué en 2014, un supplément à l’étude épidémiologique effectuée par le ministère italien de la Santé en 2010, a établi des liens entre les polluants environnementaux et « les incidences de cancer, les taux de mortalité et les hospitalisations » dans 17 NPCS, incluant Terni.

Le rapport établit ceci :

« Les incidences sur la santé dans ces NPCS doivent être soigneusement prises en considération et utilisées comme tremplin pour poursuivre la recherche analytique qui pourrait confirmer et expliquer les liens de causalité avec des expositions environnementales spécifiques. Cependant, ces observations peuvent déjà servir de base à l’élaboration de mesures de prévention primaires obligatoires ».

La province de Papigno a été désignée l’endroit le plus pollué de la région de Terni.

Semer le Projet Reviride

« Le catalyseur pour moi a été le décès de mon cousin des suites du cancer du foie, partage Petrucci. C’est à ce moment que j’ai décidé de m’impliquer dans le secteur environnemental. Quand j’ai vu le succès de projets exploitant le chanvre, j’ai su que là résidait la solution pour Terni. La beauté du chanvre est qu’il peut être intégré dans les industries actuelles et les rendre durables et respectueuses de l’environnement ».

Le projet a commencé sous forme d’un groupe non formel qui regroupait Petrucci, Claudio Natalini, technicien alimentaire, Luca Schinoppi, biologiste et Riccardo Claudiani, fermier. Au départ, l’intérêt principal était l’alimentation, et les membres invitaient les gens à la ferme de Claudiani afin de leur montrer comment cultiver et cuisiner des aliments biologiques.

Peu de temps après, ils ont commencé à incorporer le chanvre à leurs recettes, « mais à ce stade, nous ne savions pas que le marché italien du chanvre était sur le point d’exploser ».

En 2013, ils ont fait leur première culture de chanvre, mais ils ont dû persister pendant cinq ans avant d’avoir du succès. « La première année a été désastreuse, explique Petrucci. On a d’abord essayé avec Futura 75, une variété parfaite pour la France parce qu’elle est adaptée à ce climat. En Italie, les conditions sont complètement différentes, ce qui explique les résultats si décevants ».

La culture de 2014 n’a pas été bien meilleure ; les plantes étaient si robustes qu’elles ont « brisé la machinerie ». En 2016, les policiers sont arrivés sur les lieux et ont ordonné l’arrêt des opérations de culture. C’est en 2017 que la culture s’est finalement avérée fructueuse. C’est aussi l’année à laquelle l’entreprise a été reconnue par un programme de démarrage d’accélération appelé ERG Energy Regeneration Challenge et a reçu les outils pour développer son projet.

Grandes plantes de chanvre, grands défis, grandes ambitions

HemFlax est parvenue à prendre de l’expansion, passant de 140 hectares de chanvre industriel en 1994 à 2 500 hectares en 2017, avec l’intention de cultiver 1 000 hectares de plus d’ici 2020. Jusqu’à présent, Hesalis a planté deux hectares de chanvre industriel à différents endroits de la ville grâce aux outils et à l’accréditation lui permettant de prendre de l’expansion et de devenir plus ambitieuse.

« Ce qui est le plus difficile est d’accéder aux zones les plus polluées où il est interdit de cultiver quoi que soit, où la culture est la plus cruciale. Nous voulons développer une plaque tournante pour la recherche et le développement en agro-technologie dans le centre de l’Italie parce qu’actuellement, il n’existe aucune association en lien avec le chanvre ni de centre de production ou de transformation des graines ».

Petrucci est conscient des problèmes socio-économiques qui affligent aussi Terni. « Tous les jeunes hommes de la région veulent à tout prix décrocher un emploi dans l’une des multinationales, pour la sécurité d’avoir un chèque de paie pour le reste de leurs jours, mais à quel prix ? »

« Nous avons une industrie lourde, un haut taux de chômage et beaucoup de gens malades, et ces problèmes ne vont pas disparaître si nous ne prenons pas les mesures nécessaires. Une plaque tournante pour la recherche et le développement en agro-technologie contribuerait à promouvoir la conscience écologique et ferait revenir les jeunes talents vers le centre de l’Italie ».

Hesalis divise ses récoltes de chanvre en Aliments & Choses. Les cultures alimentaires sont biologiques et les récoltes sont utilisées pour fabriquer des aliments tels de l’huile et de la farine. Les récoltes obtenues sur des terres polluées servent à la production de biomasse comme des briques et du papier.

Non seulement le chanvre retire-t-il les toxines du sol – 1 hectare de chanvre industriel peut extraire jusqu’à 18 kilos de fer et de plomb – mais de plus, il le revitalise et le rend convenable à la culture d’autres plantations industrielles. « Le potentiel de production de biomasse est illimité. Dans le futur, nous pourrions fournir du papier de toilette à toute l’Italie, ou assez de briques pour construire 500 maisons ».

De tous les défis auxquels Hesalis a été confronté, le plus difficile à surmonter a été de trouver une variété adaptée au climat et aux conditions pédologiques de Terni. Conformément à la réglementation de l’UE stipulant que seules les graines de chanvre se retrouvant dans le Catalogue européen des graines certifiées contenir moins de 0,2 % de tétrahydrocannabinol  (THC, composé psychotrope du cannabis) peuvent être cultivées, les fermiers européens sont forcés de cultiver les graines provenant d’une même banque de graines centrale.

« Le problème, c’est qu’une graine de chanvre adaptée aux conditions en Hongrie ne conviendra pas à l’ensoleillement et au sol d’Italie. Pour s’attaquer réellement au problème de la pollution en Italie et promouvoir un mode de vie sain basé sur le chanvre, nous avons besoin d’une plante italienne ».

Le problème est encore plus compliqué par une loi édictée en 2017 selon laquelle il est légal de cultiver et de vendre des plantes avec une teneur en THC inférieure à 0,6 %, une situation unique à l’Italie. Développer une variété spécifique aux conditions de culture italiennes est un autre objectif que poursuit Petrucci.

Hesalis a lancé une campagne de financement afin de recueillir le million d’euros nécessaire à étendre le projet à toute la région de Terni. Elle travaille aussi avec des partenaires (Toscane, Emilie-Romagne, Latium, Vénétie, Pouilles et Sicile) souhaitant aussi développer le projet dans leur région.

« Le projet a été conçu de manière à pouvoir être répliqué n’importe où et reverdir tout type de terres dévastées, tout en générant des emplois et des revenus et en améliorant la santé. Il ne suffit pas de donner du poisson à quelqu’un, il faut lui apprendre à pêcher », conclut Petrucci.

Sensi Seeds et HempFlax souhaitent à Hesalis le meilleur des succès dans ce projet ambitieux et sincère, et nous continuerons à vous fournir toutes les dernières nouvelles. Connaissez-vous d’autres projets basés sur le chanvre qui mérite l’attention des lecteurs de notre blogue ? Tenez-nous au courant dans la section des commentaires !

L'article Chanvre : projet REVIRIDE pourrait dépolluer le centre industriel de l’Italie a été publié pour la première fois sur Sensi Seeds Blog.

Article original sur sensiseeds.com: Chanvre : projet REVIRIDE pourrait dépolluer le centre industriel de l’Italie

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