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QUAND L’HERBE ÉTAIT… DE L’HERBE !
Auteur: Michka Seeliger-Chatelain  09/02/2018 - 14:45:00

Voilà quarante-cinq ans que Michka vit en direct les transformations du monde cannabique. Elle porte ici son regard semblable à nul autre sur les grandes transformations qui s’y produisent aujourd’hui.

Une chose que j’ai aimée dès mon premier contact avec la weed, la marihuana, c’est qu’il s’agissait bien évidemment d’une plante — de matière végétale brute.

C’était, je crois, en 1972, non loin de Vancouver, et cette herbe, qui arrivait du Mexique, était une masse informe d’où il fallait extraire ce qui n’était pas fumable. Pour commencer, on ôtait les plus grosses brindilles, puis on émiettait le tout. La meilleure façon d’enlever les graines, c’était de placer l’herbe émiettée sur un album à couverture rigide, et d’incliner celui-ci jusqu’à ce qu’elles roulent en bas de la pente. Il y avait beaucoup de graines et, naturellement, c’est ainsi que débuta la culture de cannabis en Amérique du Nord.

Premières cultures, première sinsemilla

Moi-même, je fis germer de ces graines d’origine mexicaine, et les plantais amoureusement dans la terre de l’ouest canadien, où je vivais alors. Les plantes poussaient bien, grandissaient vite, leurs feuilles longues et étroites dansaient au soleil… jusqu’à ce que le gel leur porte un coup fatal à l’automne. Nous fumions les bouquets serrés de pousses vertes qui s’étaient formés au bout des branches (les « tops »), et utilisions le reste pour faire des brownies. Le résultat était magique, et nous étions contents comme cela.

Je me souviens parfaitement de ma stupéfaction la première fois que, de retour en Europe, j’ai tenu entre mes mains un épi de sinsemilla, bien formé, résineux et… sans graines ! C’était aux Pays-Bas, au tout début des années 1990, et le mystérieux Nevil (que je voyais pour la première fois) me le tendait, me proposant de rouler un joint. Décontenancée par cet objet insolite, je déclinais et le laissait faire.

À cette époque, non loin d’Amsterdam, le « Cannabis Castle » ouvrait ses portes à certains visiteurs venus de loin (comme moi qui habitais à Paris), leur permettant de voir, pour la première fois peut-être, des plantes femelles cultivées en l’absence de mâles, et qui par conséquent donnaient tout ce qu’elles pouvaient donner dans l’espoir de voir enfin apparaître le pollen fécondant tant attendu. C’était, je le vois à présent, le début d’une évolution qui allait nous mener bien loin des plantes cultivées à l’ancienne, dans des champs offerts au soleil et au vent.

Le cannabis diffère fondamentalement des autres « plantes à drogues »

Une particularité du cannabis, ce qui le différencie de toutes les autres plantes à drogues (café, tabac, coca, pavot, etc.), c’est qu’il ne contient pas d’alcaloïdes. La caféine, la nicotine, la cocaïne, la morphine sont des alcaloïdes. Or, ceux-ci sont toxiques et, à hautes doses, mortels. De ce point de vue, l’herbe est vraiment une plante à part, dépourvue de toxicité. Cette spécificité est aussi la raison pour laquelle sa composition chimique a été élucidée beaucoup plus tardivement que celle de ces autres plantes.

Alors que les alcaloïdes étaient largement identifiés au début du dix-neuvième siècle, il fallut attendre 1964 (et les travaux du professeur Mechoulam) pour que la formule chimique du THC, le principe psychoactif de la marijuana, soit connue.

Jusque dans les  années 1960, un pharmacien qui recevait un lot de chanvre (CannabisL de son nom latin, botanique, le L signifiant « selon la classification de Linné ») – un préparateur de médicaments, donc, n’avait aucun moyen de connaître le taux de principes actifs des lots qu’il recevait. Pendant des siècles, et dans les années cinquante encore, toutes les variétés de Cannabis L étaient nommées « chanvre » en Europe, sans distinction ; on se bornait à spécifier « chanvre indien » pour les lots importés d’Inde, ou de régions avoisinantes. Impossible, dans ces conditions, de préparer dans nos pays des médicaments de force prévisible. Ce qui explique (sans qu’il soit nécessaire de recourir à des théories de conspiration) que le cannabis ait purement et simplement été rayé de la pharmacopée officielle des pays européens dans les années cinquante.

La course au THC

La prohibition, et sa corollaire le marché noir, créent des conditions très particulières. Lorsqu’une substance est clandestine, les efforts se concentrent sur la fabrication de produits aussi concentrés que possible (typiquement, pendant la Prohibition de l’alcool aux États-Unis, on s’attachait à produire non pas de la bière, mais du whisky ou du gin).

Le même phénomène s’est produit avec le cannabis : pendant toutes les décennies de la « Guerre à la drogue », ce fut à qui produirait l’herbe la plus forte. Aux États-Unis comme aux Pays-Bas, on commença à surenchérir fièrement sur les taux de THC (qu’il était désormais facile de mesurer).

Pendant ce temps, les rapports anecdotiques de consommateurs concernant les effets bénéfiques de l’herbe sur le glaucome, sur les nausées des chimiothérapies ou sur la sclérose en plaques s’amoncelaient. Des malades de plus en plus nombreux réclamaient le droit d’y accéder. À quoi on leur opposait que la science n’en avait pas démontré l’utilité. Et pour cause : la recherche sur ses propriétés médicales avait été purement et simplement interdite par le président Nixon en 1970.

WASHINGTON, DC – APRIL 29: President Richard Nixon at a news conference. Photographed April 29, 1971 in Washington, DC. (Photo by Ellsworth Davis/The Washington Post via Getty Images)

Lorsque la recherche reprit, une vingtaine d’années plus tard, elle reprit de plus belle. Et l’on redécouvrit cet autre cannabinoïde, le CBD, qui avait été identifié avant le THC, mais éclipsé par lui.

La revanche du CBD

Dans l’état de nature, il existe un équilibre entre le THC et le CBD. Le premier stimule l’imagination, la créativité, le second calme, apaise.

Qui aurait cru que l’engouement pour ce cannabinoïde non-psychoactif allait atteindre pareille proportion, que les produits contenants du CBD allaient connaître un tel succès ?

Car le CBD est aujourd’hui paré de mille vertus. Il fait merveille comme anti-inflammatoire ; il est efficace contre les douleurs chroniques ; neuroprotecteur, il permet de se remettre mieux et plus vite des suites d’un AVC ; il protège de certains cancers – toutes choses qui, paradoxalement, séduisent une population âgée. « Papa, tu m’as fait des histoires pendant vingt ans par ce que je fumais de l’herbe, et maintenant, tu consommes plus de produits dérivés du cannabis que moi !», s’exclamait récemment l’une de mes connaissances.

L’autre jour, un jardinier français m’a offert du hasch…  obtenu à partir de chanvre légal ! « Tu vas voir les terpènes… » disait-il fièrement. En effet, très belles fragrances ! Dans son enthousiasme, mon interlocuteur semblait presque oublier qu’à mes yeux ce hasch manquait pourtant de l’essentiel.

Ainsi, il apparaît clairement qu’à une époque comme la nôtre, où nombreux sont ceux qui sont menacés par le stress, la facette calmante du cannabis est précieuse même en l’absence de THC.

Pendant ce temps, les jeunes consommateurs américains, et californiens en particulier, se désintéressent de plus en plus de ce produit « old school » qu’est l’herbe nature. La cigarette électronique (et le battage publicitaire qui a accompagné ses débuts) a été le premier acte d’une transformation profonde. Le joint électronique a été l’outil par lequel de nombreux consommateurs ont commencé à faire plus confiance à un produit issu de l’industrie humaine qu’à la plante telle que la nature l’a faite. Et le « dab », bien que différent, a accentué cette distanciation par rapport au produit végétal brut.

Pour moi qui mets toute ma confiance dans les plantes, ce choix est difficile à comprendre. J’accorde certes une grande attention aux différentes variétés (je ne fais pas mystère de mon goût pour les Sativas, et pour les Hazes en particulier), mais j’aime rester au plus près de la plante. C’est mon côté rustique ! Pourtant, je m’incline devant la réalité : le fait est que nous sommes en train de vivre une petite révolution.

La révolution de la chimie

Pour les grands groupes pharmaceutiques qui œuvrent à mettre sur le marché des produits issus du cannabis qu’ils pourront patenter, tout comme pour l’avant-garde des consommateurs, l’heure de la chimie a sonné. Chacun cherche à isoler, à concentrer, à extraire (une dynamique qui n’est pas sans rappelé ce qui s’est passé pour la feuille de coca – rituellement utilisée dans les cultures andines – lorsque nous avons commencé à en extraire cette poudre blanche qu’est la cocaïne…)

Ceux d’entre nous qui ont connu les années 70 sont passés en moins d’un demi-siècle d’un monde traditionnel, où le chanvre psychotrope était cultivé de manière ancestrale, dans des pays que l’on nommait alors « le tiers monde », à une époque (la nôtre) où les pays Occidentaux produisent eux-mêmes le cannabis qu’ils consomment. Et où des moyens technologiques de pointe sont mis en œuvre pour le transformer en produits toujours plus forts et plus concentrés.

Peut-être le mouvement de légalisation amorcé dans différents pays occidentaux aura-t-il pour effet d’inverser, au moins partiellement, certains effets seconds de cette dynamique, et de remettre au goût du jour une herbe plus naturelle, plus proche de la plante si longtemps cultivée dans de nombreuses régions du globe ?

michka@mamaeditions.com

© www.mamaeditions.com

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